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Par adk :: 04/02/2008 à 4:36 :: Général

La violence et la gauche

Qu'est-ce que la gauche? Y a-t’il une gauche? Ou y en a-t-il plusieurs? De nombreuses personnes, des penseurs et des politiciens s’interrogent sur la capacité de la gauche à rassembler, mais aussi à penser la politique face à la droite. Mais le fait de se poser une telle question finit par faire sourire. Pourquoi? Ceux qui sourient seraient parfois bien en peine de le dire. Il semble que les projets, les programmes de gauche manquent de crédibilité. Certains intellectuels s'efforcent de réfléchir à ce problème. Mais ils donnent souvent l'imporession d'aborder les choses avec trop de sérieux. Dans ce cas, peut-être le sérieux n'est-il pas de mise? Ou peut-être conduit-il à une impasse? Pourquoi?

Le sujet est complexe. La gauche elle-même se critique constamment. Des organisations de gauche critiquent d'autres organisations de gauche. La gauche officielle se moque de la gauche extraparlementaire et celle-ci raille la première. De fait, il en est de même à droite.

De temps en temps, un article parle de la gauche en général. Certains vont un petit peu plus au fond des choses. En août 2006, Jean Bricmont a écrit un article dans Le Monde diplomatique qui a surpris par son ton polémique. Des critiques assez vives, un point de vue sur les droits de l'homme qui sont utilisés pour imposer l'agression de quelques états du tiers-monde. Il constate que l'a gauche est incapable de faire valoir un point de vue cohérent à ce sujet, qu'elle laisse faire. De telles idées se sont bien entendu diluées dans le vaste océan des opinions sans susciter de réaction intéressante.

En fait, la gauche est un mouvement multiforme, complexe, une mouvance, plusieurs même, pratiquement, une multiplicité de théories, de dogmes. Face à ce matériel, les gens hésitent. Une partie de ce matériel est hors d'usage, il ne sert à rien, sans doute s'agit-il de la partie la plus intéressante de ce matériel! On se trouve confronté à une sorte de trou noir au beau milieu de la philosophie politique. Il y a des idées qu'il est pratiquement impossible de défendre. Il est donc très difficile de les approfondir. Elles sont jugées incorrectes. Mais par qui? Pourquoi? Lénine a élaboré une remarquable théorie des rapports internationaux. Cette théorie devrait être enseignée depuis longtemps. Mais c'est précisément cet aspect de sa pensée politique qui suscite le plus de mépris.

Je pense qu'une des finctions des médias c'est de casser régulièrement du sucre sur certaines théories, sur certains discours, sur certaines personnes. Les médias fonctionnent ni plus ni moins comme des organes bigots qui répètent régulièrement le même message négatif au sujet de certaines "expériences" qui auraient mal tourné, etc.., en l'enrobant, en le présentant de manière nouvelle.Les médias n'arrivent pas à aborder les faits comme tels. Il leur faut faire appel à des préjugés.

Un an après avoir écrit un premier article sur l'incapacité de la gauche à faire face à un tel matraquage, le même auteur récidive avec un nouvel article qui commente la défaite écrasante de la gauche aux élections présidentielles françaises de 2007. Selon lui, la gauche française ne se serait pas remis de l'échec de son programme de 1981. Elle n'aurait jamais réussi à changer de programme, ou à l'améliorer. Il aurait pu évoquer la tentative de Ségolène pour construire un nouveau programme. Car c'est bien cela qu'elle a tenté de faire, en s'y prenant, sans doute trop tard, en tentant de surprendre les gens en organisant des centaines de débats participatifs, en tentant de synthétiser leur apport. Qui a freiné ce mouvement? Les médias bien entendu. Parfois, à tort à mon avis, ses propres partisans. C'est qu'on ne bouleverse pas ainsi les habitudes. Mais J. Bricmont ne fait pas le détail. Son jugement concerne toute la gauche. Selon lui, la gauche a accepté que la bureaucratie européenne, fortement influencée par les grands lobbies économiques, mène le jeu. Elle s'est montrée favorable à un traité européen qui consacre la prédominance de cette bureaucratie qui a pour but la destruction du paradis social, des services publics. Elle s'est donc réduite elle-même à l'impuissance. Bref, ses critiques abordent des point essentiels, mais on ne peut pas parler d'une analyse au sens fort. Et pour cause, c'est un physicien. Il n'a pas six mois de sa vie à consacrer pour procéder à une enquête complète sur les faits qui se sont déroulés au cours du premier semestre de l'anne 2007 en France. Le hic, c'et que personne d'autre ne l'a fait. Aucun intellectuel n'a approfondi la question. Ségolène Royal elle-même a écrit un livre sur sa défaite lors des présidentielles qui est davantage un compte-rendu qu'une analyse. Et l'on espère gouverner les gens sans matériel adéquat!

La difficulté qu'a représenté pour Ségolène Royal le fait de sortir des sentiers battus, n'a pas suffisamment été soulignée. Bien entendu, dans son livre, elle critique tous ceux qui l'ont trahie, trahisons qui expliquent en partie sans doute son échec. Elle cite le travail des membres de son organisation Désir d'Avenir. Mais il est trop tôt pour elle pour en mesure les lacunes, les faiblesses. Le programme élaboré ne ressemble pas à un programme. Voilà ce dont il s'agit de convenir pour commencer. Le passage des débats participatifs à l'élaboration effective d'un programme ne s'est pas faite. Des fragments de programme ont été élaborés. Mais l'ensemble peut-il prétendre à la cohésion? Pas exactement. Les objectifs de Désirs d'Avenir avaient quelque chose de grandiose et de dérisoire en même temps. A certains moments, on aurait même dit un simple appareil de censure opérant un tri quelquefois malheureux parmi d'innombrables critiques, suggestions en fonction de ses croyances propres. Autrement dit, comme l’écrit J. Bricmont, la gauche officielle est keynesienne, elle adhère totalement à la stratégie impériale de domination du tiers-monde. En fait, sa morale, sa critique inconsistante de la droite sert avant tout à masquer cette stratégie.

Peut-être faut-il en passer par un travail plus méthodique pour élaborer un programme politique, mais comment procéder alors qu'il faut également remettre en question certains fondements politiques stratégiques que n'a de cesse de faire valoir une propagande et un consensualisme vis-à-vis desquels personne n'est à l'abri? Il ne suffit pas d’avoir un point de vue.En son temps, Marx s'est servi d'un manifeste. Mais un manifeste présente-t-il encore de l’intérêt? Est-il encore possible de concevoir un texte de portée plus philosophique? La politique ne serait qu’un simulacre de part en part. La gauche officielle serait-elle capable de se penser de manière différente, et de penser en même temps.

Depuis quelques décennies, la gauche, les intellectuels de gauche ont entrepris une multitude de tâches fondamentales. Ils ne se sont pas attaqué aux fondements économiques et politiques des rapports existants entre Nord et sud, ils n'ont pas critiqué les programmes des partis. Ils ont élaboré des outils d'un autre ordre. Ces outils présentent-ils une certaine utilité face aux entreprises de la droite? Et face aux entreprises de la gauche! Il est difficile de le prétendre. Ces outils semblent avoir peu d'impact sur les faits. Mais, en même temps, ils semblent vider pratiquement de toute substance les politiques de droite qui sont menées, les pensées de droite qui manquent systématiquement de fondement?

Dans Colère et Temps, Peter Sloterdijk, défend une vision de droite de l'économie qui ne serait pas réduite à des techniques pour réaliser du profit. Il critique ceux qui n'ont pas perçu la profondeur de la pensée de droite d'un philosophe américain, Fukuyama. Mais les fondement de ces réflexions paraissent ténus. Admiratif du dynamisme américain, le philosophe allemand évite de s'interroger sur ses contradictions. De fait, il suffit à ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique de paraître disposer de bons arguments.

La gauche politicienne n'a pas ce privilège qu'ont les intellectuels de ne pas tenir compte des faits, de la politique. Il faut des événements majeurs comme le bombardement massif de l'Irak pour que les intellectuels s'interrogent à leur sujet et ils se montrent alors tout aussi démunis que les politiciens. Ils souhaiteraient surtout conférer l’illusion qu’ils pensent alors que, de toute évidence, ils ne pensent pas. Ils ne souhaiteraient plus penser à certains problèmes.

Il s’agit d’un manque, ils n’en auraient pas la volonté. La plupart se cantonnent à faire certaines critiques. Les uns plus adroitement que d’autres. Bref, la gauche ne serait pas réellement la gauche, c’est-à-dire cette mouvance progressiste qui construit la société. Par contre, son mythe, sa fiction, celle du progrès politique, eux, seraient bien réels. Au fond, les gens de gauche croiraient à un mythe plus qu'à une utopie. Ne sachant rien faire d’autre, la plupart adhèrerait en fait aux valeurs et aux théories économiques de droite. Le mythe de la gauche renverrait certes à une idéologie, qui explique son existence. Ce mythe servirait à dissimuler rien moins que l’impérialisme du système lui-même.

Au début du vingtième siècle, Lénine critique Kautsky, un leader socialiste allemand. Il lui fait ce reproche d'élaborer une idéologie, une théorie qui n'a pas de sens. La critique de Lénine est jugée aberrante par presque toute l’intelligentsia de gauche, comme par la droite, autrement dit par les couches soi-disant cultivées des riches démocraties comme chacun sait à la source du savoir, des connaissances! Pourtant elle tient debout. Comment expliquer un tel consensus quasi-scientifique, ou se réclamant d'une autorité scientifique? La science aussi serait un mythe, du moins la plus grande partie des théories scientifiques. C'est du reste la position de Karl Popper. En fait, les certitudes des soi-disant experts ne reposeraient sur aucun fondement.Sans doute, du reste, faut-il voir dans la frénésie avec laquelle les nouvelles technologies sont mises à contribution pour créer de la plus-value, le besoin des riches démocraties [1] de faire valoir une telle science, et leur avance dans ce domaine, avance non seulement scientifique, mais technologique. Il s'agirait d'un moyen commode pour faire valoir une supériorité intellectuelle qui les exonère d'avoir à foiurnir des preuves complètes de ce qu'ils prétendent dans quatre-vingt dix pour cent des cas. Il s'agit encore pratiquement d'une hégémonie sans partage. Voilà en même temps pour l’économie de la connaissance ! Evidemment, la gauche européenne officielle est également tombée dans le panneau à ce sujet, y compris Ségolène Royal, et prétend  s'accrocher à cette économie de la connaissance qui lui semble tellement pacifique, alors qu'elle fait précisément courir le plus grand des dangers à l'humanité, un danger tel que cette dernière n'en a jamais connu de pareil. La voilà que, sans chercher à comprendre, elle défend subitement à tous crins une économie qui, aujourd'hui condamne à peu près la Terre elle-même, le vivant, à la destruction.

En d’autres termes, la gauche a invinciblement les mêmes références théoriques que la droite, sur un plan économique, philosophique, scientifique.

Au fond, le problème se résumerait à un certain vide sur un plan critique. Tout le monde critique tout le monde, mais, en même temps, personne ne produit de critique fondamentale, radicale, lumineuse, de la politique existante. Une telle critique, ce serait mettre des bâtons dans les roues à trop de monde, qui sait ! Il a fallu vingt ans pour qu’un économiste américain, Joseph Stieglitz, se mette à critiquer le Fond monétaire international (F.M.I.) et la banque mondiale. [2]. Et encore, il s’agit d’une critique du bout des lèvres, alors qu’il aurait pratiquement été possible de mettre sur le compte du F.M.I. et de la banque mondiale le génocide rwandais lui-même. Et indirectement bien sûr, les cinq millions de morts et la guerre quasi permanente à l’est du Congo depuis 1994. [3] Vingt ans de catastrophes à peine évoquées, aperçues par le petit bout de la lorgnette, voilà tout l’apport d’un grand scientifique qui se distingue des autres par son engagement et par la qualité de ses critiques. Tel est le problème de la science. Elle n’avance à coup sûr qu’en disposant de preuves théoriques précises, mais elle manque singulièrement d’inspiration.

Au fond, les sociétés n’ont pas besoin de la gauche, mouche du coche, qui ne veut pas changer les choses, surtout pas dans un sens plus égalitaire. Face à la misère obsédante, même dans les pays riches, peut-être davantage encore dans les pays riches, chacun souhaite s’élever aux dépens des autres. Il en est de même des gens de gauche, dont les points de vue sont de ce fait cadenassés par leur appartenance à des groupes, à des chapelles, par de vagues obédiences.

Les sociétés ne veulent de changement que lorsqu’elles sont condamnées. Et encore, elles souhaitent souvent un simple retour à la normale. C’est le vieux problème des conditions objectives que gauche sert à truquer.

Il n’est pas aisé d’être méthodique dans sa critique de la gauche, ou du reste de la droite, car, cela revient pratiquement au même ! Critiquer la gauche, n'est-ce pas en effet dire ce qu'elle est incapable de penser de la droite, qui n'est pas, elle, toujours incapable de rien penser de cohérent de la gauche.

Critiquer Marx parce qu’il prenait pour lui les morceaux de harengs que sa femme mélangeait expressément à la salade de pommes de terre servant de repas quotidien est presque devenu un lieu commun. Toutes sortes de féministes indignées de tirer à boulets rouges sur Karl, méchant père de famille, époux lamentable. Et ce malheureux enfant, mort à cause de l’indignité du père ! Et ce pauvre Engels qui accepte finalement de prendre en charge un enfant. Ce style de salade d’une profondeur et d’une logique imparable est très prisé. La gauche a aussi à se défendre de ce genre de critiques dont les tenants supposent évidemment que ses théories ne tiennent pas debout parce que l'homme est plein de vices. Du reste, les hommes de gauche ne seraient-ils pas plein de vices eux-mêmes, eux qui, au lieu de travailler pour nourrir leur nombreuse famille, font de la politique, écrivent des articles! Il n’est pas facile de réaliser un travail critique d’une certaine profondeur lorsqu’on est sans cesse confronté à de tels points de vue qui faussent systématiquement le débat et qui faussent également votre vie, qui caricaturent la situation, qui détournent au besoin les faits, loin de chercher à ouvrir le débat! Abrutie par une propagand de masse qui répète sans cesse certains slogans, qui trouvent sans cesse de nouvelles façons de faire valoir en apparence des préjugés, la société juge qu’on est un danger pour elle quand on ne souscrit pas à des telles opinions: "Marx est un salaud, ouh, ouh", "Lénine un assassin". Et voilà les fondements critiques de la pensée de gauche qui s'évaporent dans l'air.

Le philosophe Habermas s'est interrogé sur la valeur de l'espace public, autrement dit des médias. Pour lui, ce dernier n'est que le relais des opinions et des besoins de l'économie marchande dominante que critique vaille que vaille tout simplement la gauche dans la mesure où elle ne satisfait pas tout le monde. Les médias jouent rôle déterminant dans la fabrication d'un consensus idéologique et de la Pensée unique.

Mais il faut aussi faire référence à un état de terreur cachée dans les social-démocraties européennes et aux U.S.A. pour comprendre l'unanimisme de la pensée. Les sordides préjugés dominants sont souvent admirablement servis par des impondérables économiques, financiers, par la misère, ou l’isolement qui empêchent de réfléchir, bien sûr, par la calomnie, une calomnie à laquelle des préjugés de masse confèrent plus aisément un impact, mais aussi par une certaine violence. Même s'ils nient un tel fait, les gens en ont conscience. En Belgique, il n'y a pas pour rien un million de fonctionnaires et près d'un million de chômeurs en comptant tous ceux qui sont pas concernés par les statistiques officielles pour une population active de trois à quatre millions d'êtres. Une terreur s'exerce. Les gens craignent, ils savent qu’elle s’exerce d’autant plus qu'ils l'exercent souvent eux-mêmes. Jean Bricmont parle également système spécifique d’endoctrinement appelé dans nos sociétés « éducation » et « information ». Endoctriner de quelle façon, en exerçant quel genre de pressions? Au fond, c’est là la question.

Les idées de gauche qui n'ont rien à voir avec une critique fondamentale du système, mais qui supposent quand même que cette critique existe, permettent de supporter cette terreur, de la nier, de la combattre, et... de l'exercer! La domination, toute relative, des idées de gauche est liée à ce problème. Elles servent admirablement à masquer l violence du système, mais aussi à l'exercer. Cette terreur, cette violence sont des faits innés. Elles sont le corrélat de certaines croyances incontournables, et notamment de croyances économiques, nationalistes, et, surtout sociales. Si ces croyances critiquent parfois en fin de compte la gauche à juste titre, c’est par hasard.L’incapacité de la gauche à penser le politique, et par conséquent l'incapacité des politiciens de gauche à convaincre , provient essentiellement du manque de critique de la violence et du pouvoir, et du manque de critique de la gauche.En fait, en Occident, les gens adhèrent à certaines idées de gauche selon lesquelles il n'y aurait plus de terreur d'état à proprement parler. Il s'agit de se comprendre. Ce sont des critiques politiques de gauche qui dénoncent la terreur d'état des régimes sociaux-démocrates. Mais ces critiques se heurtent à un consensus de gauche comme que de droite, à des croyances pratiquement forcées imposées par la gauche, comme par la droite, qui, à certains égards, reprend à son compte des idées de gauche.

C’est la gauche qui, souvent, en partie, exerce cette terreur, y compris contre elle-même et qui prétend en même temps que la terreur politique n'est plus d’actualité, du moins dans les social-démocraties. [4] En fait, la violence  a changé de forme, mais, sous des apparences pacifistes et démocrates, dans les démocraties libérales ou socil-démocrates, ces deux termes devenant pratiquement synonymes, se dissimulent encore des régimes politiques féroces, voire violents. Il suffit qu’on fasse état à brûle-pourpoint d’un point de vue critique, pas seulement d'un point de vue d’extrême-gauche, pour être d’une manière ou d’une autre confronté à une violence aussi bien sociale, que verbale, et, enfin, physique. À cet égard, droite et gauche se partagent les responsabilités. La violence d’état est très difficile à cerner dans les démocraties parlementaires. C'est ce qui en fait la spécificité. Il en est ainsi en particulier à cause de l'appareil justificatif imposant des techniques de contrôle et d'encadrement des gens d'un bout à l'autre de leur existence. Il est d’autant plus difficile de remettre en cause cette violence qu’elle s’est développée, qu’elle est devenue plus sophistiquée, et qu’elle est mieux masquée, tout en étant parfois très brutale à la fois.

Il est compréhensible que, dans ces conditions, il n’ait pas été possible de ménager une réelle opposition, une opposition consistante.La violence, du moins, ce que l'on reconnaît, admet comme tel, ne fait pas partie de la culture démocratique. Sur un plan idéologique, les médias, les gens, tous se préoccupent de critiquer, de condamner la violence. Elle ne dispose pas d’un soutien inconditionnel comme dans les sociétés aristocratiques pour lesquelles s’illustrer à la guerre est une valeur, pratiquement le seul titre de gloire. Mais cet édifice moral et idéologique démocratique se renverse subitement lorsque la démocratie semble menacée par de la violence. Une sorte de raidissement se produit. Le refus formel de la violence induit de l'intolérance au sens fort, et suscite une violence plus forte. Miguel Benasayag, un philosophe de gauche, a analysé et critiqué ce mécanisme. Comme partout, dans tous les régimes politiques, la violence devient alors un marchepied pour accéder au pouvoir, sinon à la gloire. Tel est le danger que présente l'antiterrorisme.

Pour des puissances économiques, il est aisé de provoquer des crises politiques aiguës. Il est aisé d’entretenir des mouvements d’opposition armés. Il y a moyen de priver tout d’un coup de ressources financières un état, un gouvernement qui a pris l’habitude d’emprunter de l’argent. Il est également possible de ruiner l’économie d’un pays en investissant massivement dans une autre région du monde dans la production des principales denrées qu’il produit. Il est aisé de provoquer une crise de régime en faisant assassiner ses meilleurs dirigeants.Il est très difficile de réunir des preuves pour faire condamner de tels agissements. Une propagande systématique rend toute approche de ces problèmes très délicate. Un point de vue équilibré, précis, approfondi concernant la violence des états démocratiques doit bien sûr tenir compte des autres formes de violence, et des menaces qui pèsent sur la démocratie à cause d’elles. La démocratie ne peut pas faire complètement abstraction d’une violence extérieure, antidémocratique. Mais, dans les états démocratiques, la violence, considérée comme extérieure, sert surtout de prétexte. La social-démocratie se sert de prétextes. Le principal prétexte dont elle se sert, c’est précisément la soi-disant violence, pas seulement celle utilisée à son encontre. La plupart du temps, en effet, il s’agit d’un prétexte. Il n’est pas rare que la violence extérieure soit entretenue à cette fin. La contre-violence censée s’exercer sert à protéger un mode d’organisation économique, voire à le promouvoir.

Pour critiquer un tel modus operandi, il faut lutter contre des dogmes, en particulier le dogme de l’innocence des démocraties, contre la raison d'état pour mettre un terme à la violence des états démocratiques. Mais des pressions systématiques sont exercées sur les intellectuels pour qu’ils n’abordent pas ce genre de questions, du moins avec un souci suffisant du détail. Il n’y a pas lieu de les arrêter, de les accuser de haute trahison. Il suffit de les priver de leur emploi de journaliste, de les envoyer se faire tuer sur un champ de bataille en tablant sur leur intégrité tentée de faire la part des choses, ou de mettre un terme à leur contrat de recherche, bref, de les priver des moyens de poursuivre leurs investigations. Il est également possible de les harceler de toutes sortes de façons en organisant des incidents en tout genre qui affectent leur existence.

Ainsi, au début des années 2000, Mark Purdey, un agriculteur scientifique autodidacte anglais qui a effectué des recherches sur la maladie de la vache folle a eu sa ligne de téléphone coupée et s’est fait incendié sa maison. Il s’est aussi fait traîner dans la boue par quelques scientifiques trop heureux de publier un article par ci par là. [5]

En dépit de toutes ces pressions, des réalisateurs, des penseurs de gauche réussissent à critiquer les démocraties et leur libéralisme.

Par conséquent, en Europe, la violence antidémocratique, le pouvoir, s’est doté d’un instrument supplémentaire pour faire valoir sa vérité: la législation antiterroriste européenne dont l’ambiguïté ou l’imprécision sont telles qu’elle condamne toute opposition politique, qu’elle l’assimile à du terrorisme. Aux U.S.A., des mesures similaires ont été adoptées également.

Aujourd’hui, notamment en Belgique, nombreux sont les activistes qui sont perçus comme des terroristes. Les crimes sanguinaires de quelques extrémistes religieux montés en épingle, au départ soutenus par les services extérieurs des politiques de droite des démocraties, voire faisant partie de ces services, l'utilisation et la fabrication d'un danger réel, servent aujourd'hui à accuser des gens, des membres d'O.N.G., des journalistes parfaitmeent non-violents, en vertu des lois antiterroristes. Voilà un phénomène que la gauche ne réussit pas à appréhender. Elle ne réussit pas à expliquer l’antiterrorisme. Elle échoue à démontrer que l’extrémisme religieux est en fait soutenu, légitimé par la droite démocratique. Elle est proche de démontrer un tel fait. en réalité, elle l'a déjà démontré, mais elle n'en a pas tiré les conclusions qui s'imposent. Au contraire, loin de condamner ce double extrémisme, la gauche elle-même condamne la gauche extraparlementaire au nom de l’antiterrorisme. La gauche officielle n'est pas la première à promouvoir ce dernier, ainsi que les opinions démocratiques caricaturales concernant le bien et le mal. En fait, elle dissimule la connivence profonde entre ces opinions et celles des extrémistes religieux.La gauche devrait savoir que le pouvoir économique et les dirigeants occidentaux imposent des dirigeants intégristes à des peuples du tiers-monde pour lutter contre les doctrines émancipatrices. Elle devrait savoir qu'ils se servent de l’antiterrorisme comme prétexte pour maintenir en place des dirigeants intégristes ou des régimes corrompus dans le tiers-monde, pour ruiner toute résistance au capitalisme marchand, toute velléité d’indépendance, et même pour nier les critiques, la vérité en accusant ceux qui les propagent d’être des terroristes. Ils s’en servent également pour agresser des pays, pour des motifs géostratégiques et économiques. Le terrorisme religieux et la lutte apparente contre ce dernier est le seul moyen à la disposition des courants conservateurs pour lutter contre les doctrines démocratiques dans le tiers-monde. Si les activistes et les démocrates sont souvent accusés d’être des terroristes dans le tiers-monde, ils le sont y compris en Occident, dans les social-démocraties. Voilà un fait que ne conçoit pas Paul Bernan, un philosophe américain qui reproche avant tout à la gauche politique de ne pas comprendre que l’extrémisme religieux représente un danger pernicieux. [6]

Pour en revenir à la terreur, à la terreur commune, véritable, dans les démocraties, il n’est pas rare que des activistes vaincus par l’adversité succombent à des crises de paranoïa, ou tombent gravement malades, ou qu’ils se suicident. Inutile d’approfondir les choses. Tous les romans parus en leur temps en Europe de l’Est et fustigeant le totalitarisme pourraient être mutatis mutandis écrits à l’ouest, mais il faudrait des auteurs plus talentueux encore, car, dans le monde actuel, dans les démocraties, les manières de briser la résistance des individus sont aussi diversifiées que possible. La rééducation des intellectuels est plus permanente que sous le régime maoïste. Les artistes sont concernés par un puissant conditionnement idéologique.

À un premier niveau, ce dernier consiste à récompenser, à nominer un certain nombre d’entre eux, ce qui se solde toujours par des publications chez de grands éditeurs. On élève même au sommet de la hiérarchie sociale certains d’entre eux. Ces derniers connaissent la grammaire par cœur, mais sont bien entendu incapables de penser quoi que ce soit de fondé sur un problème politique.

À un second niveau, la précarité de tous ceux qui s’efforcent d’aborder lesdits problèmes de fond d’une autre façon que ces maîtres à penser qui se prétendent bien entendu tout l’inverse, représente probablement le principal obstacle à un aboutissement. [7] En matière culturelle, rétablir une certaine égalité serait un premier principe de gauche mais, bien entendu, ce point de vue n’est pas du tout partagé par la gauche où l’on se flatte de l’appui de nombreux artistes ou intellectuels en vue, de l’amitié de vedettes, plus encore qu’à droite, inutile de demander pourquoi.

Cela s'explique par des faiblesse récurrentes dela gauche. La gauche est souvent plus nationaliste que la droite. Elle poursuit une politique culturelle de prestige, se soucie des apparences, elle a besoin d’artistes, sinon pour embellir la nation, du moins pour la représenter. Pas plus à gauche, qu’à droite, nul ne songe à remettre en question le préjugé selon lequel les nations sont fondamentalement en concurrence. De sorte que la gauche abonde régulièrement dans un sens nationaliste. Le fait que Marx, Rosa Luxemburg, Lénine, aient pensé et dit autrement a entraîné de véritables massacres, des guerres de religion pendant trois-quarts de siècle. [8] Ces dernières furent la plupart du temps menées par des politiciens de gauche, fervents antibolchéviques.

Depuis deux siècles au moins, en fait, la gauche défend des principes cohérents de manière, disons, idéaliste. Elle souscrit pratiquement au même idéalisme que la droite, souvent après elle.

Peu importe que les sociétés démocratiques soient en train de réintroduire l’esclavage. Ce qui est exceptionnellement grave, c’est que, pratiquement au nom même de la démocratie, il soit impossible de le dire, d’en débattre normalement, de critiquer ouvertement les instances dirigeantes.

La gauche ne souhaite pas appeler un chat un chat. Si elle le faisait, elle bloquerait tout simplement la situation. Ou elle provoquerait un conflit, un vrai conflit, un conflit intérieur, incontrôlable. Les conflits sociaux sont donc ritualisés, limités, pour éviter un affrontement direct avec le pouvoir économique qui s’identifie largement à un pouvoir de classe. Ce dernier obtient un soutien partiel de la gauche en permettant aux travailleurs d’accéder à un certain niveau de consommation leur permettant de ne pas se différencier substantiellement, matériellement, des grands propriétaires et des intellectuels. En mettant l’accent sur des signes extérieurs de richesse, le consumérisme contribue également à ruiner toute perspective de conflit social. La possibilité de se procurer les principaux produits de consommation existants sert de moyen de chantage à la droite. L’économie est habilement considérée par les scientifiques, par les politiciens, comme une réalité en équilibre. Selon eux, cet équilibre peut être facilement remis en cause. Les masses deviennent de ce fait le premier soutien du pouvoir quoi qu’il arrive. La gauche utilise parfois un discours dogmatique dénonçant l’exploitation du travail, mais c’est le plus souvent de la manipulation. Ce discours est le corrélat d’un autre qui, en fait, professe les mêmes croyances sur l’équilibre du système que les masses et que la plupart des économistes. Bref, le discours de la gauche est ambivalent.

En fait, depuis un siècle, le discours misérabiliste de la social-démocratie qui a près d’un siècle et demi de retard sur les faits impose une rhétorique sociale de droite.

L’abondance, l’enseignement obligatoire, public, les conquêtes de la gauche, l’apparence de gauche de la social-démocratie dissimulent l’existence, la persistance de classes... sociales. En fait, pour s’en tenir à Guy Debord, je dirais que non seulement il n’y a pas d’opposition, mais il n’existe pas de gauche. Cette dernière est un mythe. Seul des gens comme Fidel Castro sont réels. Encore que son système contribuât à faire vivre un mythe qui, sans lui, et sans d’autres systèmes de ce type, s’effondrerait peut-être de lui-même.Dans le Monde diplomatique d’août 2006, Jean Bricmont s’indigne de l’incapacité de la gauche à se démarquer suffisamment des politiques de droite. Il suggère que la gauche s’efforce de faire comprendre à nos gouvernements ce que le reste du monde pense d’eux, voit en eux. Le problème, c’est qu’il faudrait qu’elle le comprenne elle-même. Or, depuis un siècle, la critique des points de vue et des théories qui mettent en exergue l’impérialisme des démocraties libérales occidentales, voire la guerre ouverte au nom de la raison contre les pays et les régimes qui contestent leur politique et leur stratégie impérialistes, est un cheval de bataille de la gauche social-démocrate. Donc : non-sens. Lui même succombe à ce moralisme qu’il condamne.

Tout ceci nous ramène à la principale explication de cet unanimisme, de cette connivence de la gauche et de la droite, que défend notamment Herbert Marcuse. [9] Grâce à leur impérialisme, et à l’abondance relative pour elles qui en a résulté, dirigeants européens et américains ont été en mesure de faire adhérer les masses européennes et américaines à leur programme politique. Ils les ont subornées. Dès lors, forcer les partis de gauche à adhérer également à ce programme est devenu un jeu d’enfant. Il a suffi de mettre quelquefois la gauche dans l’incapacité de faire assez de voix, il a suffi de l’humilier.Cette incapacité de penser la gauche a encore une autre origine : la politique elle-même, la politique qui oblige à compter avec l’opinion des gens, le point de vue des gens. Il y a probablement une certaine faiblesse démocratique à gauche comme à droite qui explique pourquoi la gauche n’a pas réussi à concilier suffisamment pensée et propagande. Mais les grands dirigeants de gauche ont également été systématiquement la cible d’assassinats. L’exemple de Jaurès est le plus célèbre, mais, plus près de nous, Olof Palme, en Suède et, en Belgique, Julien Lahaut, André Cools. Inutile de dire que, dans tous les cas, la justice s’est révélée totalement impuissante à découvrir les commanditaires de ces assassinats. Au contraire, en Belgique, elle a poussé au suicide Alain Van Der Biest, un autre ex-ministre socialiste, accusé erronément du meurtre d'André Cools.

La routine du système lui-même, ses fins forcément inavouables, mais toutes puissantes, les discours en quelque sorte préétablis, et le décalage théorique rendent pratiquement impossible toute prise de position indépendante, autonome, par des intellectuels, comme par des politiciens, à moins de mettre leur bonheur, sinon leur vie en jeu. Ceci explique pourquoi il n’y a donc pas de gauche, pourquoi pour Guy Debord, l’auteur de La Société du Spectacle, il n’y a pas non plus d’opposition.



Notes


[1] Par opposition aux démocraties pauvres!

[2] Lire notamment La grande désillusion.

[3] Il est évidemment beaucoup plus médiatique de reprocher ces victimes aux dirigeants locaux, systématiquement présentés comme des despotes, ou comme des criminels de guerre, sauf, bien sûr, ceux qui ont réellement tendance à se transformer en despotes criminels dans lesquels les diplomaties occidentales voient des sauveurs, ou plutôt des alliés.

[4] Le cas est évident dans le cas du national-socialisme.

[5] Ce fait est mentionné par René Riesel, qui fut traîné devant les tribunaux à cause de son implication dans des fauchages illégaux d’O.G.M., dont le livre, Aveux complets des véritables mobiles du crime commis au Cirad, est paru chez un éditeur alternatif, l’Encyclopédie des Nuisances, qu’on ne trouve pas en librairie. Dans ce livre, R. R. cite un poème digne d’intérêt de Clément Marot.

[6] Confert Les habits neufs de la terreur.

[7] Lire Les fruits d’Or de Nathaie Sarraute.

[8] Les deux guerres du Golfe en sont un des derniers avatars.

[9] Notamment dans Le Marxisme soviétique


Par adk :: 29/01/2008 à 20:52 :: theorie politique

Le problème des sans-papiers

Qui décide qu’on doit vivre dans tel coin de la planète ou dans tel autre ? Le seul fait d’y naître ? Voilà une limitation bien extraordinaire que les révolutionnaires de 1789 s’étaient empressés d’abolir en droit, mais que le nouveau groupe social au pouvoir en France, à partir de 1793, se jugeant naturellement au-dessus des lois, a maintenue, probablement pour se rassurer, pour étayer le caractère tangible de sa situation.
 C’est donc la même valse aux autorisations qu’au Moyen-Âge. C’est pire. Chaque personne qui change de territoire, qui déménage, doit introduire une demande, disposer d’un laissez-passer. Les choses ont un caractère universel. Chaque individu est nanti d’une identité qui le suit à la trace comme un petit chien. Pour travailler, il faut un permis de travail. Pour résider à l’étranger, il faut un permis de séjour. Bref, c’en est fini de la liberté limitée, mais somme toute plus étendue existant jusque-là.
  Bien entendu, ce sont de telles règles qui sont universellement imposées aux nouveaux états qui apparaissent entre 1789 et aujourd’hui, comme la Belgique ou le Burkina Faso. Les États-nations plus anciens ne changent pas non plus de pratique.
  Pour nier les faits, les bourgeois s’appuient sur un énorme mensonge : ils font des libertés universelles proclamées leur label, soi-disant leur affaire. Leur dictature démocratique revendique un fondement universel. Mais ils se gardent bien d’appliquer ce fondement, jugeant comme leurs prédécesseurs qu’en pratique, les lois universelles n’ont pas de valeur.

 Hélas, les divers états, et, par conséquent, les peuples existants ne se trouvent pas dans une situation équivalente.
Les nations démocratiques industrialisées exercent une domination à peine masquée sur la plupart des autres nations, empêchant formellement leur développement, tout en affectant hypocritement de vouloir l’inverse!
 La situation particulièrement difficile de la population de ces derniers est souvent rendue beaucoup plus compliquée encore. Ils paient le prix fort de l’application pratiquement à leur seul détriment des lois économiques. Cette situation est mieux connue sous le nom de génocide de la faim. Mais la violence également dévaste régulièrement des régions du tiers-monde causant d’énormes problèmes de réfugiés. Dans certaines régions du monde, seule l’aide alimentaire mondiale permet encore à la population de survivre.
  La propagande humanitaire occidentale fait une erreur de base. Elle persiste à attribuer la responsabilité de catastrophe humanitaire du tiers-monde aux peuples du tiers-monde, à leur mode d’organisation. Bref, la propagande médiatique occidentale qui influence directement la politique mondiale a mis en exergue ces mécanismes catastrophiques de manière à justifier une ingérence accrue des pays occidentaux dans le tiers-monde. Rendant tout changement notoire impossible, au contraire aggravant la situation du tiers-monde, dirigeants occidentaux et O.N.G. internationales n’ont de cesse de critiquer les gouvernements, les états du tiers-monde en fonction des intérêts immédiats des états occidentaux industrialisés.  

 Depuis un demi-siècle environ, il résulte de ces faits en général, un afflux de réfugiés économiques, politiques dans les pays riches. En travaillant dans les conditions que refusent les natifs de ces pays, ces derniers contribuent à y perpétuer les rapports de l’exploitation capitaliste bourgeoise originaire, bref, la civilisation marchande.

 Depuis un gros quart de siècle, l’accélération de la dynamique économique, autrement dit la mondialisation, nécessite le déploiement de nouveaux moyens pour contraindre les réfugiés économiques à souscrire aux conditions d’exploitation requises par cette civilisation bourgeoise en butte à d’importantes contradictions internes. Refuser, expulser des étrangers, exploiter des sans-papiers font partie de ce processus qui remet en cause les fondements démocratiques de cette civilisation incarcérant des enfants, des femmes, des innocents invoquant leur manque de papiers et niant une situation qui, en fait, lui incombe. L’Occident persiste à imposer des inégalités non seulement inacceptables, mais devenues incompréhensibles. On ne peut promouvoir la mondialisation d’un côté et la refuser de l’autre. C’est absurde, arbitraire. On ne peut opérer une distinction entre les uns et les autres.
 Cette politique dont les dirigeants occidentaux tentent d’officialiser les raisons a commencé à représenter un problème connu sous le nom de problème des sans-papiers.
 
  Le manque, l’absence de logique, de choix égalitaires, voilà la cause du problème des sans-papiers.
Les dirigeants bourgeois persistent à résoudre les problèmes des pays du tiers-monde, sinon en le colonisant, du moins en le pillant, en l’exploitant, en l’occupant.
  En fait, ce n’est pas la légalité de certains que revendiquent certains sans-papiers, mais celle de tous. C’est l’abolition du statut d’illégal. Officiellement, les démocraties proclament que l’homme a le droit de vivre et d’aller où il veut, qu’il est libre d’aller comme bon lui semble. Ils revendiquent l’application de cette disposition.
Bref, les anciens dogmes doivent être balayés à tout prix. En fait, il est totalement inacceptable que des états décident du lieu de résidence, de l’endroit où doivent vivre les gens qui devraient être libres, totalement libres de choisir, de s’installer dans un autre pays, comme ils doivent être libre de s’installer dans une autre ville ou dans une autre région de leur pays. La puissance étatique ne doit pas avoir cette prérogative de conditionner l’octroi de papiers d’identité à des personnes.
  Ce manque de liberté est en contradiction totale non seulement avec les valeurs, les libertés démocratiques et universelles, mais avec les faits, les nécessités économiques, avec une organisation planétaire des humains ! On ne peut toutefois faire cela sans prévoir à l’avance certaines choses, sans définir un ordre, et faire prévaloir des priorités.
  Les conditions de vie en Occident et dans le monde sont en partie en train de changer. Il devient urgent de prendre en considération certains problèmes : rareté des ressources, environnement. Il s’agit également de maîtriser les choix technologiques. Mais il y a aussi, sinon avant tout, lieu de promouvoir des choix, une morale, disons, plus égalitaires... La logique consumériste et publicitaire est devenue une idéologie antisociale, et largement contre-productive, du moins sous sa forme actuelle. Le manque le fond, l’hypocrisie et le faux-semblant de la logique égalitaire menacent l’ordre politique intérieur des nations consuméristes de plus en plus promptes à restreindre les libertés publiques.
 


Par adk :: 28/01/2008 à 1:18 :: theorie politique